Qu’importe le flacon

Hop, on rattrape le retard.

La scène punk tourne bien au Japon, je vous apprends rien. Son fonctionnement est loin d’être parfait, mais je moutrave pas dans la soupe, elle a le mérite d’exister. Je pense à Franz, le Freak, coincé en Corée, qui s’y plaît bien mais n’a quasiment rien eu à se mettre sous la dent côté concerts. Et ça le rend malheureux. Mais malheureux. A tel point qu’il m’a avoué, au détour d’une improbable conversation MSN, être tenté par un retour au pays des endives vendues à l’unité sous blister.

Alors le Freak, qui poste encore moins que moi ce porc, s’est mis à chialer quand je lui ai dit qu’on était allé voir Celeste et Heaven In Her Arms.

Avant d’évoquer le Freak, je vous disais d’abord que ouais, les concerts au Japon, c’est un peu chelou. Se mettre au courant, c’est classique. Chopage de flyers chez le disquaire, écumage des forums, des Crapspace, et rameutage des kids au téléphone. Ma clique – pour elle que j’m'applique – en concert, c’est devenu un classique, le tiercé gagnant, le brelan de branleurs qui hésite à se mettre au premier rang. Les trois grand nègres au fond, près du radiateur, Senbei Norimaki, Hector Malot et Akage du Forum.

A nous trois, on arrive à filtrer et à se trouver deux-trois dates sympa, par-ci par-là.

Y a profusion de trucs, il y a des salles partout dans Tokyo, et dans toutes les grandes villes. Ouais, quand j’y repense, à Caen on a vu de super groupes (Against Me!, The Get Up Kids, Four Hundred Years… sans compter les groupes caennais eux-mêmes) dans des bars tout perlingues. Franchement, c’est juste insensé. Le Laplace, c’est un rade à babyfoot, le son y est méta dégueu, l’ambiance c’est à peu près comme chez mémé et le taulier est aussi aimable que La Boule dans Fort Boyard.

Et puis les squats aussi. Tu donnes ce que tu veux à l’entrée, et tu viens avec tes consos dans ton sac. T’as même le droit à un spectacle avec les punks à chien qui font n’importe quoi.

Nan, c’est quasiment inimaginable ici. L’endroit le plus underground que j’aie jamais vu, c’était un sous-sol dans une université pour un concert de The North End et Endzweck. En général, faut se frotter à de la Live House. Et ça veut dire que tu vas douiller.

Donc faut d’abord se débarrasser de tout amour propre. Tu vas voir du punk, t’es hardcore dans ton corps, t’as mis ton string à capuche, mais t’es déjà récupéré par la grande distribe. Comme pour les matchs de foot, t’aurais pu réserver ton billet dans une supérette jusqu’à la veille et économiser 500 yen (le prix d’une conso). Ouais, tu m’as compris, même au concert de Funeral Diner y avait un système de promo. Bon. Comme t’es un vilain clampin, tu te pointes le jour même à l’entrée, et le premier truc que tu dis c’est: j’ai pas réservé.

Puis, tu lâches 20 sacs. Voire 30. Ouais. On te remet en échange ton ticket, un jeton pour une conso (comme ça, même si tu sors entre deux groupes pour acheter des bières au Cocci Market du coin, ils sont sûrs de t’en avoir vendue une), et trois kilos de paperasses (toute la prog’ de la salle pour les 6 années à venir, au moins, vu l’épaisseur du bottin), que tu balances dans la première poubelle venue.

Ensuite, y a des variantes. C’est selon. Moi, j’allume une 32ème Marlboro. Senbei fait la vigie et cherche du regard s’il ne reconnaît pas son plan meuf trouvé sur Fessebook. Quant à Malot, il reste debout bouche bée devant le tableau annonçant l’ordre des groupes.

Ah oui, parce qu’en général, y a du monde. T’as toujours six groupes annoncés, deux annulés et un bouche-trou raboulé en dernière minute. Du coup, ça fait que le concert commence à l’heure des mamans, vers 17 h, et que t’es à peu près sur que tous les groupes vont faire un vilain set d’une demi-heure, sauf le dernier qui s’octroiera la part du lion, genre 45 minutes de folie.

Quand la clope est terminée, on entre dans la salle. Faut toujours attendre un peu que ça se décongestionne dans le couloir, l’autochtone aime bien commencer par se jeter sur le merch, claquer son blé en tee-shirts et en badges avant même d’avoir entendu les groupes.

T’échanges ton jeton contre une binouze et tu regardes le 1er groupe installer son matos. Alors là, par contre, c’est pas dégueu. Même le groupe de châtards à nuques longues du coin venu faire le lever de rideau, va jouer sur du pur matos tout neuf, et aura à son service des  techniciens pour ramasser médiators et essuyer glaviots.

Là encore, c’est pas toujours exactement le même schéma, mais on peut facilement tracer un portrait robot de la soirée qui t’attend. Le premier groupe joue méga fort, c’est quand même con dans 16 mètres carrés, donc plutôt que de mettre tes bouchons, tu casses direct fumer des clopes sur le trottoir.

Le deuxième groupe a la frite. Il joue des trucs que t’aimes pas mais tu t’en tapes, c’est marrant. Un con essaye de mosher, mais ça prend pas, personne ne connaît les morceaux et le public est pas encore décongelé. Tu reprends une bière.

Avant le troisième groupe, t’as forcément envie d’éliminer tes mousses mais tu t’en rends compte alors que trente gus font la queue pour une seule pissotière. Tu sors avec Malot pisser dans la rue, ou t’attends que la troisième partie commence en dansant comme un con sur une jambe (oui, ça se calcule direct quand j’ai envie de faire pipi, j’ai pas changé).

Puis ensuite, ca se passe un peu mieux en général. Comme t’en es à ta quatrième bière, t’as de moins en moins l’impression de raquer. Et les groupes suivants sont bons donc, tu t’éclates.

Les oreilles bourdonnent, tu farfouilles dans ta poche pour voir s’il te reste assez de cailloux pour acheter un patch, un LP ou un chemisier, et tu te diriges vers la sortie en slalomant entre les dizaines de mecs qui te tendent des flyers. Et dehors, devant la salle, tu te livres au jeu de « Ça c’était bien, mais ça c’était moins bien ». Tu regrettes juste que le public soit toujours un peu trop calme, même quand le groupe détruit tout sur scène façon Killie – je dis ça alors que je suis le premier à chialer quand je me prends une body check au détour d’une mosh part.


Rassurez-vous, c’est pas tout vrai. Y a probablement plein d’endroits plus cool et moins chérots. Quand je regarde les dates de Lifetime Struggle,  c’est souvent pas onéreux, et dans des endroits rigolos. Mais ce qui est sur, c’est que les groupes qu’on veut pas rater jouent quasiment tous dans des salles ultra clean et par conséquent glaciales, sur Shinjuku, Shibuya et Shimokitazawa.

Le concert qui a fait chialer Franz ? Oui, ce soir-là donc, au Shibuya Nine Spices, se sont succédés Asthenia, Pastafasta, Pazahora, Cohol, Heaven In Her Arms et Celeste.

Asthenia, c’était pas bon, c’était leur troisième scène, et c’était seulement bruyant. Passons.

Pastafasta, c’était la deuxième fois qu’on les voyait, Malot et moi kiffons, ça remue toujours autant, par contre ça peut vite se révéler fatigant.

Pazahora vient de Singapour et fait du hardcore tout crusty. Là c’est Senbei qui était aux anges.

Cohol pète du black metal/grindcore, c’est au moins aussi gai que 20 ans de taule, on est toujours ravis de les voir.

Heaven, je vais pas me répéter, c’est le meilleur groupe du monde.

Et Celeste, from France, nous a bien soufflés. Son monstrueux, l’impression de se prendre un menhir de saturation sur la tronche. Et leur jeu de scène: salle plongée dans le noir, on ne repère ce qui se passe que grâce à l’unique source de lumière blanche posée à même le sol, et aux loupiotes rouges collées au front de chaque zicos. J’avais peur que ce soit gadget, mais c’est super efficace.


Malot, Senbei, je viens de repérer une date: les Californiens de Comadre (tiens, eux aussi ont déjà joué dans un bar à Caen…) pètent une tournée japonaise avec Endweck (sont sur le même label, je crois bien) en juillet. Le 9, ils jouent avec Heaven au Nishiogikubo Flat. On y va ? C’est 2500 boules l’entrée, et y a que 60 places dispo.

Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

  • Dot

    Bah j'préfère pas qu'on te jette dans un charter non plus. Big up (ça veut dire courage)

  • Je vous réponds très vite, ça se passe pas très bien du côté de l'immigration. Je vous raconterai ça en détail, j'essaye de vous pondre un blog ce week-end, j'avais autre chose à penser récemment.Je clampinais.

    Lo, Dot, évidemment, si je me fais expulser façon Chantal Brunel, oui, je risque d'être là pour la Noël. Sinon, heu, j'en sais trop rien.

  • Dot

    je dis comme Lohann pour vous deux (ouais trop clair ce que je dis)

  • En attendant de revoir un truc et de monter un groupe de crust de salon, voila une vidéo de Pazahora ou que tu peux même voir ton serviteur mosher comme un ablette pèchée à la dynamite, vers les 5:30. Love, 

    Senbei le mou.

    http://youtu.be/YYvbmrDEt7w

  • Lohann

    dis-moi, mon grand jouffe, tu seras a Caen, vers la fin de l'annee ? J'aimerais tant qu'on se colle les yeux pour le Reveillon.

  • Nicobrixton

    des nouvelles?

  • Cdorgueille

    Yo Jooooofff,

    Tapuka t'marier....
    la biz à madame....

  • Gwenolavitre

    Du neuf ? Tu rentres ? Vous arrivez ?
    Ca suffit mainnant hein ...
    hihi aussi "les strings à capuche" / tu m'en fais un  ?

  • Ouais ouais, je suis désolé, je suis un peu aux fraises.
    Demain, je vais à l'immigration pour établir un deuxième contact quant à mon visa, et honnêtement, les choses se présentent pas bien du tout.

    Je vous tiendrai au courant.

  • Benj

    UltrAkalme.... What's up big old red pal ???

  • Tonio, le concert de Comadre était vraiment pas dégueu, mais c'est bien Enslave qui a tout ruiné. Plus ça va plus ce groupe me plaît. Je balance mes photos sur ce blog sous-peu.

    Chantal, des bisous. T'es pas obligé de comprendre tu sais, Benj il est un peu spécial, c'est un surhomme, il comprend tout.

  • Chantal Caselli

    Benj a tout compris, moi pas mais c'est normal je ne suis pas de votre génération. Tant pis pour moi mais en tout cas j'aime ultrakage pour son langage et son partage de ses découvertess musicales ... Bises à toi Joseph et ta Waka en attendant de vous revoir sur Paris !

  • Tonio666

    Comadre, allez y sans hesiter, c'est juste meta bien, oubliez juste pas vos strings a capuches!

  • Benj, tu as tout compris, tu es un esthète. Je t'aime.

  • Benj

    Hors sujet : je viens de dévorer le contenu de la soupière avec un poussin dessiné dessus ( c'est des ramens, c'est ça ? ). Je crois que j'aurai plus jamais faim !

    J'ai mis un oeuf dans le petit trou prévu à cet effet et des queues d'oignon nouveau à la place de la ciboule. C'était beau comme une de ces estampes à la con où on voit des vagues écumantes. Et de fait, c'est très bon. Ca ramène les nissins à leur juste place. C'est un peu la rolls de la nouille instantanée.

    En tout cas, merci ! J'espère bien trouver des ramens instantanées dans notre triste pays. je me mets en quête dès à présent ! Je te raconterai, même si c'est définitivement pas passionnant ( même moi en écrivant, je m'emmerde un peu ).

    Alors j'abrège. Kix. Luv.

  • Malot au téléphone avait l'air tenté. Il se peut donc que je chope ça ce week-end.

    Oh ouais.

  • Grave ! Fait péter ta Comadre ! 60 places...prévente ?

    Très bon article, j'ai riz. Ah ah.

blog comments powered by Disqus