Une de ces journées où finalement on sait pas trop où aller alors qu’on a que ça à fiche. C’est con quand même, on passe son temps à se plaindre qu’on en a pas, et quand finalement on arrive à gauler ne serait-ce qu’un zouave… bah on se retrouve planté là à se demander kékonfait.
On est début août, je retrouve Larwan à la gare de Yokohama. Le ciel est un peu couvert, mais on sue comme il faut, on est juste dans la moyenne, on a encore un peu de marge par rapport aux costards qui s’épongent le front avec un mouchoir sorti de la poche intérieure, et on met une vieille taule aux meufs gantées de noir jusqu’aux épaules, accrochées à leur ombrelle corbeau, visière opaque straight from the 80′s… Sans dec, faut les voir. Et c’est même pas réservé qu’aux vieilles peaux, t’as des meufs qu’ont pas la trentaine qui ont déjà un ennemi juré en la personne du soleil. Faudrait leur filer une faux. Voire un sabre laser.
M’enfin bon voilà, Larwan et moi on est logés à la même enseigne, short, tongs, cheveux trop longs et tee-shirt trop court… le croisement bâtard entre un emokid et le président du club jeu de rôle. Bref, on est trop bien sapés. On a pas fait le déplacement pour rien. Et quand on est à court d’idées, on fait un classico. On va à Noge bouffer des nouilles et des ravioles (c’est qu’on transpire pas assez) puis on va éliminer sur le port en vidant des bouteilles de boisson pour sportifs genre Gatorade. C’est le paradis. Tous ceux qui prendront un putain d’avion pour venir me voir y auront droit, vous allez pas y couper.
Une fois que t’es là, le cul sur posé sur des marches, t’as de quoi penser partout autour de toi, et ce pendant plusieurs heures. Tu te retrouves dans la peau d’un chatard sous un Abribus un dimanche à Maltot. Te voilà encerclé par 360 degrés de considérations, de pensées plus profondes les unes que les autres. Et je sais pas si c’est les gyozas trop faisandés qui font cet effet là, mais y a même plus besoin de se parler, la prise de conscience est collective, une espèce de méta-orgie télépathique. Tu regardes les mêmes trucs que tes voisins en pensant les mêmes trucs. Comme des vaches ferrophiles quoi.
Un coup d’oeil à droite, des planchistes. Ils sont toujours là donc ça peut pas rater. D’ailleurs c’est là qu’on vient rouler avec Hector Malot. Et t’as beau savoir que c’est chaud le skate (j’ai ruiné toutes mes chevilles avant d’abandonner), t’as beau être au courant que vendanger c’est le pain quotidien pour arriver à sortir un malheureux trick… bah c’est automatique, tu dis du mal. Ho la grosse buse mais comment il est mauvais. Mais pffff mais charlot jamais tu replaques parti comme ça. Et qui vous pensez berner avec vos boards toutes neuves, bande de poseurs. Puis c’est quoi ce baggie en velours, les skateurs ils sont rock n’ roll maintenant, chope un jean moulant et des baskets en toile, quitte à faire raquer ta mère fringue toi un peu mieux que ça… C’est gratos, ça défoule.
Une fois que leurs oreilles ont bien sifflé, tu tournes la tête à gauche, tes yeux s’arrêtent sur des résid…heu des marinas. Ouais mon frère, les mêmes qu’à Courseulles sur Mer, en un poil plus mastoques. Et finalement j’arrive même à trouver ça beau. Cependant voilà, on est de la génération Dômu nous, on a eu une adolescence post-Katsuhiro Otomo. Pour nous, se trouver face à un truc de plus de quinze étage déclenche automatiquement des visions de destructions apocalyptiques, de tours se couchant les unes sur les autres, avec la mer qui s’engouffre dedans et tout et tout. Wakana me disait d’ailleurs que dans je sais plus quel épisode de Godzilla, l’immense batracien défonce la gare de Sendai, sa ville natale. Et qu’à chaque fois qu’elle y prend un train, elle a une pensée émue pour ce grand moment de cinéma. Elle m’a également révélé que dans un récent film de la série Ultraman, une bonne partie de Minatomirai (le quartier où Larwan et moi rêvassons actuellement) était détruite dans une baston d’extra-terrestres géants. Pour ma part, j’ai vu la semaine dernière un extrait de Gamera (un Godzilla like), où on voit l’espèce de grosse tortue de Floride géante s’emparer d’une rame de la ligne Sôbu pour aller la fracasser un peu plus loin. Ce qui m’avait fait vraiment kiffer, c’est que le train était plein de supporters du Tokyo Verdy. Si vous voulez saisissez pas vraiment, remplacez les mots Tokyo Verdy par FC Nantes. Jouissif, non ?
Puis enfin tu te rends compte que t’as pas encore maté derrière. Et là aussi y a matière à réflexion. Tes yeux chopent la même cabine que les miens, celle avec le couple:
C’est le mec qui prend cher. Pauvre type, ils ont déjà fait un quart de tour et il a pas bougé. C’est gros comme une maison, c’est seulement une fois au sommet qu’ils vont s’extasier sur la vue (inexistante à cause de l’épaisse couverture nuageuse) et se rapprocher. Il va enfin la prendre par la main, suer un peu et tenter de bredouiller deux trois répliques pompées à Sean Penn mais ils seront déjà dans le dernier quart quand il décidera d’enlever son futal.
C’en est trop, on est carrément énervés. Le timing est pas si mauvais quand on décide de bouger, le cocktail sucs gastriques-Powerade a eu raison des raviolis avariés, on a un peu moins mal au ventre, on se lève et on traverse le parc d’attractions, direction la gare.
Bah oui, parce que bon, on s’est pas filés rendez-vous pour faire du shopping, y a match à 7 heures, faut qu’on trisse à Hiratsuka. Le Shonan alors deuxième du championnat de J2 reçoit le Sagan Tosu et doit enfoncer le clou pour semer ses poursuivants le Vegalta Sendai et Kofu Ventforêt. Je vous refais pas le match, ça vous ferait chier mais, en vrac sachez que:
- C’est lors de cette 33ème journée que le gros Fuji a fait sa plus belle apparition dans le stade. Majestueux, perçant une mer de nuages laiteux, surplombant la tribune d’en face (la Populaire E si vous êtes un habitué des travées de d’Ornano).
- Si le reste de la tribune, les gars d’El Frente Shonan, eux, sont carrément rodés, Larwan qui n’est pas habitué à un tel rythme de jeu, à une si grande intensité, se voit contraint de s’asseoir pour éviter la crise d’épilepsie.
- On annonce le premier décés de la soirée quelques minutes après le début de seconde mi-temps. Le cœur du petit Yusuke s’est arrêté de battre suite à une fantastique chevauchée du numéro 11 Abe Yoshiro.
- El Frente Shonan a la méga classe, comme d’hab.
Voilà, on gagne 1 à 0, mais nos poursuivants se sont accrochés aussi (Sendai gagne et Kofu fait le nul), on reste deuxième au classement, et c’est très provisoire car la saison est loin d’être terminée.
Bonus track: les actions chaudes du Shonan, et le superbe but de Terakawa Yoshito, filmés de la tribune populaire « porte 7″ par Tetsuya: 【湘南ベルマーレ】09\’第33節 VS サガン鳥栖
Et bien sur la danse de la victoire filmée d’en face, par monsieur Parkinson himself: 2009/08/09 湘南VS鳥栖. Si vous avez de bons yeux, vous pourrez nous y repérer, grâce à ce mastre de Larwan qui était le seul à porter un tee-shirt blanc et un short orange…
Hooooo Hohohohoooooo Hohohohoooooo Hohohohoooooo SHONAN !
Tags: Larwan, Minatomirai, Shonan, Tosu






