J’ai reçu v’là la palanquée de messages de partout. De la famille, du crew, des supps du SMC, des collègues sur place, d’Ultraland. Ils étaient tous bourrés de baisers. Une tonnasse de baisers. Je les ai partagés avec la Waque, puisque plein de ces baisers lui étaient adressés, et on les a tous consommés sur place. Comme ils venaient. On en a pas laissé un seul. Ils avaient tous des goûts différents, mais vous vous êtes super bien démerdés, y en avait pas un de mauvais.
On aurait pu faire des éconocroques, en garder deux ou trois sous le coude… oh et puis non. On s’est gavés. On rote. Du coup, on s’est décidés à vous en envoyer à notre tour, normal.
Heulala, comment qu’c'est beau.
En vrai, j’ai déjà fait part de notre situation à ma famille. Mais pas à tous les potes. Donc, je vous les livre maintenant, ici. Ultrakage, c’est pas vraiment un blog très suivi, on est presque entre nous.
Vous savez donc à quel point on est dans de beaux draps. Même si on est vraiment pas à plaindre: on a tout ce dont on a besoin sous la main, de la lumière, des murs et un toit, de la bouffe, de la flotte, du chauffage, des moyens de communications. C’est l’opulence, on est des gros chiens de capitalistes, on est indécents. Quand on a une heure à tuer, on fait des duels de Picross sur Nintendo DS. On est pas non plus des connards, on sait la chance qu’on a, l’énorme chance qu’on a de vivre dans une région à peine égratignée par ce que les bouffons appellent probablement déjà « The Big One ».
Et on sait aussi (et ce depuis le début) que pour recharger nos Nintendo DS quand les batteries sont à plat, il faut filer un peu de blé à la fée électricité. Elle est sympa, elle s’appelle Nucléa, elle est plus toute jeune.
Maintenant que les centrales bouillonnent, on a appris à avoir mal au ventre sans avoir fait une orgie de pâtes de fruits.
Ceux qui suivent tout ça de près savent que l’ambassade de France à conseillé à ses ressortissants de s’éloigner au max du Tohoku, de se barrer du Kanto. En gros, ils nous ont chanté une nouvelle version de Go West. Parmi mes potes sur place, certains on fait le choix de quitter le pays, d’autres de prendre des distances. Certains, comme nous, sont restés sur place. Nous avions tous nos raisons d’agir différemment les uns des autres.
J’ai même pas besoin de vous expliquer pourquoi on bouge pas, vous le savez déjà. Je veux pas m’éloigner de ma Waque, et je veux pas non plus la forcer à s’éloigner de sa famille, qui est coincée à Sendai, en première ligne, à cent bornes de Tchernotong. On a eu quelques nouvelles certes, deux coups de fils après plusieurs jours de trouille, et si ses parents, son frère et sa sœur vont bien, nous sommes toujours sans nouvelles d’autres membres de sa famille.
Dans sa tête, ça doit être tout noir. Et du coup dans la mienne, on risque pas l’insolation non plus.
Elle m’a dit une fois (elle est Belge en fait) de me tirer tout seul. Je lui ai répondu que je deviendrais fou de la laisser là, que rien que de l’entendre dire ça me bousillait les tripes. Comme dirait Benoît Cauet, « c’est net ». On reste together.
On se tient informés de tout ce qui se passe par la téloche où ça vulgarise à mort pour les veaux (nan parce qu’il y a des bonnes billes hein, des gens qui ne s’inquiètent que des coupures restrictives d’électricité qui tomberont dès demain, nan mais comment qu’ils vont faire pour faire caca si la pompe à flotte marche plus, hein ?). La télé ne nous ment pas vraiment, elle nous raconte des faits, on sait ce qui se passe en direct. Elle se garde bien cependant d’évoquer comment ça pourrait empirer. Mais pour ça on a la presse, la leur et la nôtre, via internet. Tout ça pour vous dire qu’on sait dans quelle bouillasse on met les pieds.
La situation évolue sans cesse ici. Donc si la nôtre était amenée à changer, je vous en ferai part, c’est promis. Pour l’instant on reste sur Yokohama (tout comme Hector Malot reste avec sa brune, tout comme Guybrush Threepwood reste avec sa famille).
On a eu moins de répliques pendant ces dernières heures, ça fait du bien.
Putain, je voulais pas faire de papier sur ce putain de séisme, c’est malin.
On vous embrasse, vivement les bières dans nos bouches.
(on embrasse aussi tous les frangins et frangines sur place avec qui on a communiqué ces derniers jours, merci de nous avoir prévenus de vos décisions, je garde le contact, par mail , par téléphone et sur ce blog, j’y tiens, des-millions-de-copains-te-tendent-la-main-si-tu-as-froid-si-tu-as-faim)
(ah, et joyeux anniversaire Bange)
Edition le 16 mars, à 16h27 (heure peuja)
J’emmène dès que possible ma brune à Kyoto. Nous faisons nos sacs, et nous essayons de grimper dans un train en fonction de la disponibilité des billets.
Le coup de téléphone avec ma belle famille qui est coincée à Sendai a été très fort émotionellement. Je n’ai pas eu à insister, ils ont bien compris que je n’essayais que de protéger leur gamine, et qu’on ne les lâchait pas.
On ne part pas en France, car on perdrait alors tout moyen de communication avec eux.
May the force be with you.
Tags: Benoît Cauet, Go West, Guybrush Threepwood, Hector Malot, Pâtes de Fruits, Picross DS, Sendai, Tchernotong, Waka

