J’ai vu le passé kidnapper l’avenir
Le présent sucer des bites
Et tous mes négros sur un navire
Booba, poète.
Nan, mais vous laissez pas avoir par l’accroche, je ne suis la victime de rien du tout. C’est juste que j’adore me plaindre, et j’adore quand vous me plaignez. J’existe vachement mieux quand l’Akage a des emmerdes, putain, j’espère qu’il va s’en tirer, le pauvre, rhaa file-moi un mouchoir, plutôt que quand l’Akage a la power frite, ça roule terrible, bien, t’as vu.
Donc d’abord, je vous la joue centre de rétention administrative pour vous faire chialer, ce qui est, je vous l’accorde, carrément irrespectueux pour tous ceux qui, après quelques mois passés dans la Jungle à Calais, rentrent vraiment chez eux en passant par la case charter. Puis ensuite, je vous dis la vérité pour vous rassurer. Vous vous serez fait un peu de mouron, vous aurez eu votre dose journalière de palpitations, vous aurez visualisé à l’intérieur de votre petit cœur le pauvre pauvre Akage pour enfin rebondir sur une note d’espoir, un rayon de soleil.
Bon, vous le remettez dans les bateaux, oui ou merde ?
C’est super dur de s’en prendre à l’immigration Japonaise, administrativement j’entends. Rien que ce mois-ci, j’y suis allé quatre fois, et j’ai eu beau entendre de mauvaises nouvelles, j’ai jamais réussi à m’énerver. Ils sont super carrés. Ils te demandent de leur fournir des papiers, alors quand tu les as, tu reviens les voir. T’as fait la queue quelques dizaines de minutes grand max, ils examinent la paperasse en deux temps trois mouvements, puis ils t’expliquent en te fournissant des motifs tout à fait valables que non mon bon monsieur, on va pas pouvoir renouveler ton visa dans ces conditions. Et que si tu veux pouvoir le faire, il va falloir que tu fasses ça, ça et ça, avec un sourire et un bon courage en guise de point final. (C’est mon expérience personnelle hein, vous en trouverez d’autres qui en ont probablement chié, mais pour moi, c’est limite un plaisir d’y retourner.)
C’est super décevant. Le film que tu t’étais fait dans la caboche la veille n’a servi à rien. Tu te voyais en train d’engueuler la pauvre conne derrière son pupitre, la menacer de revenir avec le Moniarque en personne, tu te voyais t’enchaîner à la grille de l’ambassade de France et entamer une grève de la faim, ouvrir un compte Facebook de soutien… mais non, tu dis poliment merci, et tu réponds même à son sourire.
La sale pute.
C’est beau Yokohama, la nuit.
Bref. Je suis coupable (oui, oui, je continue à me victimiser, c’est tellement bon) de ne pas avoir une situation assez stable (la vieille syntaxe de gueudin). J’ai mon petit boulot au collège qui paye bien mais qui est à temps très partiel, et mon taf de traducteur freelance qui paye moins bien, mais qui me plaît et me prend de plus en plus de temps. Freelance, c’est bien joli qu’ils m’ont dit, mais nous on veut du concret, on veut un salaire fixe, une garantie que tu finiras pas sous un pont, tu peux pas nous dire que tu es payé au caractère, c’est insensé. Bah comment je fais alors ? T’as deux choix, rouquin: tu te trouves un autre job fissa, ou tu te démerdes pour que ton employeur te sorte un contrat en béton. ON-VEUT-DU RÉ-GU-LIER.
Voilà où j’en suis.
J’ai mis du temps à vous en parler, parce que la situation change un peu tous les jours. Je sais pas trop quelle sera l’issue, et c’est assez désagréable. Je suis en train de dégoter des remplaçants potentiels,au cas où, pour le collège, et mon autre patron aurait apparemment un dernier pion à avancer. Et j’ai commencé à envoyer des CV (le truc qui s’arrête jamais, j’en aurais fait une bonne pile finalement pour un clampin).
Mon visa expire le 21 septembre, dans une semaine pile. Comme j’ai entamé des démarches, pour le prolonger, je bénéficie apparemment de deux mois (je dis apparemment parce qu’ils se contredisent quand même parfois à l’immigration et que là-dessus j’ai entendu tout et n’importe quoi) avant de me faire dégager. Ça m’ennuierait beaucoup parce que ce serait plein de temps perdu, de trucs à défaire pour devoir attendre de les refaire. Mais quand bien même le résultat serait négatif au bout du compte, et bien ce serait la fin de rien du tout. La Waque et moi nous somme jurés fidélité, et si des fucking réacteurs en fusion ont pas réussi à nous séparer, alors la greluche de l’immigration a aucune chance d’y arriver.
Même pas peur quoi.
Du coup, je vous laisse, la situation changera de toutes façons à de multiples occasions lors de ces prochains jours, jusqu’à ce qu’on trouve la solution. Et je pourrai alors peut-être enfin faire des selles un peu moins inédites, un peu moins aléatoires. Je vous tiens au jus (beuark).
PS: la Waque va bien, elle va à l’école tous les jours, tous frais payés par le pôle emploi.
PS: Lohann et Dot, si je m’en sors, alors j’essaierai de monnayer des congés pour les vacances de Noël. Si je me fais sortir du pays, je serai de toutes façons probablement en Normandie à ce moment là.
PS: Dam, Sylvain Fretin et Bange, j’ai pas répondu à vos mails pour les raisons exposées ci-dessus, mais je n’y manquerai pas.
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